Comme l’annonçait Damien dans son dernier mail, le “gros” des volontaires sont maintenant rentrés en France pour terminer leur rapport et préparer la soutenance de leur travail devant un jury ; au moment où je vous écris, ils ont même déjà été cuisinés !
Bref, je me retrouve donc maintenant seul sur le village de Tumbak. A ce jour, seule reste sur Manado Sophie qui elle travail avec les autorités et représentants sur place pour une meilleure gestion du parc marin de Bunaken. Elle vous en dira plus à la fin de ce message. Car ça y’est, Marie, notre “maman” ici en Indonésie vient de rentrer en France pour elle aussi présenter son travail et finaliser son année de Doctorat. Elle sera de retour ici en Novembre. Elle aura réussit à faire progresser notablement son projet sur la gestion de surface de forêts en Nord Sulawesi/fonds de compensations carbone malgré le temps et l’énergie dépensée pour nous faciliter les démarches administratives auxquelles nos travaux de recherches et de conservation doivent se plier.
En effet, avec Sophie nous avons presque terminés TOUTES les démarches auprès des différents bureaux indonésiens pour obtenir notre nouveau visa nous autorisant à faire des activités de recherche (KITAS). Non pas qu’auparavant nous n’étions pas en règles avec la loi mais l’évolution de nos actions ici et le rapprochement avec des organismes Indonésiens (Gouvernement provincial, Universités) nous ont amenés à ce changement… 1,5 semaines entre Kuala Lumpur en Malaisie (sortie obligatoire pour l’obtention d’un visa différent auprès de l’ambassade Indonésienne), et Jakarta pour la validation de nos travaux de recherche auprès des bureaux de l’immigration, du ministère de la recherche, de la police, des forêts. Tout ce “travail” se résumant à un répétitif : bureaux-bus-photocopies-bureaux-bus. C’est ainsi qu’on goute à la corruption qui gangrène le pays (2ème rang après la Colombie) : billets à donner de temps en temps pour que les papiers puissent être faits. Pressés par le temps, on ne peut faire autrement que s’y plier. Si ce n’est réclamé des reçus, processus qui nous aura permis d’éviter un paiement, car jamais nous n’obtenons de reçus bien évidemment… En amont de ce travail “de terrain”, Marie et Darwin (membre de la World Ocean Conference, notre organisme sponsor) auront commencés les démarches il y a un mois (notamment lettres de recommandation, présentation et rédaction de nos projets de recherche, étude de la procédure à menée…). Un énorme merci à eux et les multiples personnes qui nous accompagnent sur ce projet (Universités en France et Indonésie).
Comment avance le projet de Gestion de collecte des poissons d’ornements sur Tumbak ?
Une question simple qui requiert quelle que soit le projet une réponse bien compliquée à résumer tant les tenants, aboutissants, personnes et organismes impliquées sont nombreux et variés. Mais je vais biensûr vous en dire plus en espérant être assez claire pour tenir votre attention et votre intérêt.
Sur Tumbak, l’activité de collecte des poissons d’ornements est pratiquée par une 20aine de pêcheurs, en complément d’autres activités de pêche. Heureusement pour eux, car depuis le mois de Juin (ce qui correspond à la date de mon arrivée) ils ne pêchent pratiquement plus l’autorisation délivrée par le bureau des pêches locales ne leur était plus délivrée. Une décision radicale en réponse au fait que la collecte dans le village se pratique essentiellement à l’aide de cyanure de potassium, un poison qui ralentit la nage des poissons et facilite donc leur capture. Radicale car rien n’a été mis en place par ce bureau d’état ou les acheteurs de poissons locaux pour fournir aux pêcheur le matériel indispensable (filets de pêche, masque sous-marin) pour engager ce changement. Dans ce sens, notre présence sur place et le programme d’actions que nous comptons mettre en place avec le groupe de pêcheur arrivent à point nommé. La rencontre avec les responsables du bureau des pêches fut très positive pour nos actions puisqu’ils nous ont assurés redonner ces autorisations si les preuves d’une capture “propre”, que nous pouvons leur apporter par la suite, leur sont fournies. Mais la situation n’est pas aussi simple :
- les équipements pour une pêche “propre”, filet et masque (en remplacement de leur lunettes traditionnelles qui ne sont pas étanches et offre un champ de vision très réduit) pour les plus importants représentent un coût trop élevé pour eux. Ils vivent au jour le jour et ne disposent pas d’économies suffisantes pour assumer seul ces achats (20 euros environs - en rappel le salaire mensuel moyen est de 30 euros). Acroporis souffre du manque de sponsor pour équiper tous les pêcheurs.
- le seul acheteur de poisson local qu’il reste (un autre a décidé d’arrêter son activité depuis que les autorisations ne sont plus été délivrée, en juin donc),
- les pêcheurs réclament une meilleure considération de la part des acheteurs (régularité des commandes), qui de plus leur achète les poissons à un prix qui n’a pas évolués depuis près de 10 ans. N.B. : l’Indonésie est le plus grand exportateur d’organismes marins d’ornements car jouit d’une biodiversité marine des plus élevée (avec les Philippines et la Papouasie Nouvelle Guinée). Sa place dans ce marché est donc indiscutable et pourtant remis en cause actuellement car la qualité des poissons qui sont exportés et le prix de l’export (prix du pétrole et taxes qui augmentent, documents à fournir) ne leur assure plus la primeur des importateurs qui cherchent de plus en plus leurs poissons dans d’autres pays. A l’heure actuelle, les bénéfices dégagés “par poisson” par ce marché sont donc à la baisse, et dans ce sens les pêcheurs trop peu impliqués qui pâtissent les 1ers de l’évolution de ce marché. En résumé, si les poissons indonésiens sont encore intéressants d’un point de vue économique, c’est parce que les acheteurs s’approvisionnent auprès des pêcheurs pour une misère.
Cela fait maintenant près d’un mois que je suis parti du village, car outre les formalités administratives, je suis allé visiter un village de pêcheur “modèle” dans le nord est de Bali. Dans le village de Les, les pêcheurs ont de leur propre volonté engagé un changement dans leur pratique de pêche et de conditionnement des poissons depuis 2001. Rapidement, différentes ONG dont le Marine Aquarium Council (MAC) les ont accompagner vers ces meilleures pratiques, par des formation et des facilités pour se procurer les équipements nécessaire.
Et ça marche du feu de dieu ! Poissons de meilleure qualité sollicités par les acheteurs, moins de mortalité, plus de poissons en mer, même parmi ceux qui sont préférentiellement pêchés. Métier attractif qui implique un groupe important de pêcheurs (près de 60) et de personnes qui prennent en charge les poissons avant leur export.
La prise de conscience écologique va même encore plus loin ici puisque les pêcheurs sont aussi soucieux de l’impact de leurs déchets sur l’environnement.
Certains des pêcheurs sont directement impliqués puisque par l’intermédiaire de l’ONG Indonésienne LINI, ils dispensent des formations à d’autres groupes de pêcheurs en Indonésie. Nous travaillons actuellement pour qu’ils puissent venir former prochainement les pêcheurs de Tumbak.
Je vais donc regagner le village de Tumbak avec d’importantes connaissances sur les techniques, le matériel, la sécurité des pêcheurs en mer. Aussi avec des filets de pêches adaptés qui ne sont pas disponible ici, et qui m’auront été donnés par le groupe de pêcheurs ici.
La météo est maintenant propice à la pêche, le ramadan va se terminer bientôt, le 1er. J’espère donc maintenant que les choses vont pouvoir avancer plus rapidement. Je dois y aller, je suis vraiment impatient d’y retourner !